A quoi ressemble le développement de l’agriculture biologique en France ?

Ouvrons cet article sur un paradoxe étonnant : peu de surfaces cultivables françaises sont converties au bio, et pourtant, on observe le développement de ce mode de production au cours des dernières décennies. Le développement de l’agriculture biologique connaît plusieurs raisons évidentes : les différents politiques de soutien du Gouvernement, les mouvances internes de la filière agricole et les crises liées à des problèmes de santé publique.



1. Qu’appelle-t-on l’« agriculture biologique » ?


Derrière le terme « biologique », on trouve de plus en plus de concepts, qui n’ont pas toujours à voir avec le biologique … Pour être sûr que nous parlerons de la même chose, voici un petit rappel.

L’agriculture biologique revendique des pratiques de culture et d’élevage centrées sur le respect des équilibres naturels. Ainsi, elle exclut d’office les produits chimiques de ses méthodes de production, les OGM* ainsi que les intrans.

Le consommateur peut retrouver les produits de cette agriculture sous de nombreuses formes : des produits agricoles non transformés, des produits agricoles transformés destinés à l'alimentation humaine, des aliments pour les animaux ou encore du matériel de reproduction végétative et des semences utilisées au cœur des cultures.


Ces produits sont facilement reconnaissables à leur logo « AB** » ou à la présence de l’Eurofeuille.





2. Des voisins qui se passent le mot


Le phénomène de « voisinage » est bien connu et contribue au développement de l’agriculture bio. Concrètement, cela signifie que lorsqu’un agriculteur passe au bio, il entraîne une prise de conscience chez ses voisins, qui s’interrogent à leur tour sur les avantages de cette nouvelle pratique.

Ce phénomène a entraîné la structuration des filières, à l’instar de celle de Biolait. Ne comprenant à l’origine que quelques éleveurs laitiers, ce sont aujourd’hui 1 000 fermes qui participent à cette initiative. Sur trois litres de lait bio produits, un litre passe entre les mains de Biolait.



3. Un tour d’horizon en chiffres

Pour vous donner une idée du développement de l’agriculture biologique en France, voici quelques chiffres éloquents, donnés par le Ministère de l’Agriculture et de l’alimentation. Il y a en France 47 196 exploitations engagées dans le bio, soit une augmentation de plus de 13% en 2018.


Ce secteur génère 179 500 emplois directs ; sur 2, 3 millions d’hectares, soit respectivement une hausse de plus de 15% et de plus de 13 % en 2018.

67% des produis bio que nous consommons dans l’hexagone sont français.

Le marché du bio représente en France 11,93 milliards d’euros. De quoi laisser présager un bel avenir à ce mode de production !



4. Une consommation du bio entrée dans les mœurs


Les Français ne se demandent plus s’il faut consommer bio ou non. La majeure partie d’entre nous a déjà franchi le pas : nous sommes aujourd’hui 90% à en consommer. Selon nos habitudes, nous mangeons bio au moins une fois par semaine (c’est le cas d’1 Français sur 3), ou tous les jours (pour un Français sur 7).



5. Des disparités à l’échelle nationale


On a pu constater, au cours des dernières années, que toutes les régions ne « consomment » pas bio de manière uniforme. Ainsi, c’est l’Ile-de-France qui concentre la plus grande partie des adeptes du bio. Cela est dû à sa population plus aisée et plus diplômée. Cela dit, si le nombre de Franciliens consommant bio au moins une fois par mois s’élève à 77%, les écarts inter-régions restent « raisonnables ». La plus grande disparité se fait avec la Normandie (60%), et le taux ne descend jamais sous ce pourcentage.



6. Pourquoi le développement de l’agriculture bio a-t-il de plus en plus d’adeptes ?


Lorsqu’on interroge les consommateurs sur leurs raisons de consommer bio, 3 motifs principaux ressortent systématiquement :

  • Protéger son capital santé : c’est la principale raison de manger bio pour 59% des personnes sondées en 2018. Effectivement, tout porte à croire que manger bio permet de réduire de 25 % le risque de cancer ;

  • La saveur et la qualité des produits : cette raison occupe la deuxième place du podium, pour 51% des consommateurs ;

  • La protection de l’environnement : c’est la troisième préoccupation pour 45% des Français. Si nos compatriotes associent souvent bio et environnement préservé, il convient de rappeler que le bilan carbone n’est pas pris en compte dans l’attribution ou non du label bio.


Pour un développement de l’agriculture bio encore plus marqué, la visibilité est essentielle. En effet, il apparaît que de nombreuses personnes interrogées (plus de 60%) pensent ne pas avoir suffisamment d’informations quant à la règlementation des produits bio. S’ensuit inévitablement une certaine méfiance, qui pourrait facilement être levée avec une communication et une pédagogie adaptées ! Il est aussi évident qu’un effort reste à fournir du côté des versements des aides à la conversion et au maintien au profit des agriculteurs. Notons que la filière s’engage à être transparente et à communiquer sur ses actions.




*Organisme Génétiquement Modifié

**Agriculture Biologique



Sources :

  • Minisère de l'Agriculture et de l'Alimentation

  • AgenceBio