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Pierre Tourneur : un conseiller engagé pour les sols vivants et la culture de la Chia en France

  • 11 juin
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 23 heures


Dans la série Voix de la Filière, nous donnons la parole aux femmes et aux hommes qui font vivre, progresser et crédibiliser la Filière Chia de France au quotidien. Aujourd'hui, portrait de Pierre Tourneur, conseiller d'exploitation en agriculture biologique chez Océalia. Un homme de terrain, de conviction et de transmission, dont le parcours agricole et la vision des sols vivants contribuent concrètement au développement de la culture de la Chia bio en France.


Pierre Tourneur, conseiller d'exploitation en agriculture biologique chez Océalia, les mains dans la terre d'une parcelle de Chia bio en Nouvelle-Aquitaine.

Un parcours agricole ancré dans le vivant

Pour comprendre Pierre Tourneur, il faut remonter à l'enfance. Né en Charente, issu d'une famille d'agriculteurs des deux côtés, père et mère, il grandit entre les champs, les bois et le bord de mer, au rythme des promenades paternelles dans la nature. Tout petit déjà, son père lui fait prendre conscience qu'en tant qu'êtres humains, ils font partie du grand tout et qu'il ne fallait pas l'oublier.


Cette sensibilité au vivant, Pierre la partage avec son frère jumeau Paul, aujourd'hui écologue à l'ONF. Deux chemins différents, une même source. Pierre, lui, s'oriente vers une formation professionnelle agricole avec, à l'horizon, le projet de s'installer comme agriculteur. C'est dans ce cadre qu'il effectue ses premiers stages en exploitation et rencontre Laurent Bouchaud, un agriculteur pionnier qui va profondément marquer sa trajectoire.


Dans les années 2000, Laurent était déjà en avance sur son temps. En conventionnel, il avait posé la charrue sous le hangar, utilisait l'herse étrille sur l'ensemble de ses cultures automne comme printemps, restituait l'intégralité de ses pailles au sol, pratiquait des rotations sur huit ans et avait noué des partenariats avec des éleveurs. Bizarrement, ce monsieur était celui qui sortait les meilleures marges à l'hectare sur les cultures. C'est lui qui lui a montré ses premiers vers de terre dans la terre et lui a dit : « Ils font le boulot pour moi, qu'est-ce que tu veux que je fasse de mieux qu'eux mécaniquement ? » Pierre avait 15 ou 16 ans. Il était tombé dans la conservation des sols quand il était petit.


À proximité de ce stage, il a aussi la chance de côtoyer les plus vieux agriculteurs bio de Charente, des précurseurs qui fêtent aujourd'hui leurs 50 ans en bio. Une double leçon : il est possible de faire autrement que l'agriculture conventionnelle traditionnelle, et de bien gagner sa vie en le faisant.


Une conviction forte : le sol vivant guide les bonnes décisions

Si Pierre Tourneur devait résumer sa méthode en un geste, ce serait celui-là : prendre la terre dans ses mains, la sentir, la vivre.


« J'ai appris à des mecs de soixante ans à sentir leur terre ». La première chose qu'il fait quand il prend un agriculteur en suivi, c'est une fosse pédologique ou une interprétation à la bêche, et il jette un agrégat de terre. Souvent, le premier réflexe de l'agriculteur, c'est de s'en reculer pour ne pas se salir. Et là il leur dit : « Prends ta terre, c'est ton terroir, sens-la, vis-là. Ce n'est pas de ton tracteur que tu vas pouvoir l'appréhender. »


Cette posture n'est pas anecdotique. Elle est le fondement de toute son approche agronomique. Pour Pierre, on a mis une très grande distance entre ce qui nous nourrit et ce qui nous fait vivre. « Un paysan doit être connecté à son terroir et à l'environnement qui l'entoure. C'est à cette condition, et seulement à cette condition, qu'il arrivera à gérer ses problématiques et à avoir du résultat. »


Le sol, c'est une température, un état de santé, une réponse à observer. Les vers de terre, la biologie du sol, la capacité à retenir l'eau, les taux de matières organiques : autant d'indicateurs concrets qui orientent les décisions techniques. Pas une vision idéologique, mais une méthode agronomique rigoureuse, fondée sur l'observation terrain et une lecture systémique de l'exploitation.


Parcelle de culture de chia en France cultivée selon les principes de l'agriculture de conservation
Pierre Touneur un conseiller des sols vivants

Le métier de conseiller d'exploitation en agriculture biologique

Pierre Tourneur rejoint la coopérative Océalia dès la sortie du lycée, en 2006-2007. Il y fait, comme il dit lui-même, à peu près tous les métiers : conducteur de silo, de séchoir, de camion, gestionnaire d'un magasin d'approvisionnement. Cette polyvalence lui donne une vision complète et réaliste de la chaîne agricole.


En 2018, il passe 100 % sur le terrain comme conseiller en agriculture biologique, une évolution qu'il a construite pas à pas au sein de la coopérative, avec la volonté d'accompagner non seulement les conversions, mais aussi la transition vers l'agriculture biologique de conservation des sols.


La dénomination de « conseiller d'exploitation » dit quelque chose d'essentiel : « ce n'est pas un technicien qui prescrit des intrants. C'est quelqu'un qui engage une approche systémique, globale de l'exploitation ». Quand il prend un agriculteur en suivi, il commence par un diagnostic technique et agronomique complet. Il passe par la bio-indication des plantes, pour expliquer à l'agriculteur pourquoi ces adventices sont là et comment faire en sorte que leur pression diminue à terme. Il revoit le parcellaire au niveau géographique, conseille parfois de replanter des haies, de recadriller les parcelles pour retrouver un système bocager. L'objectif : une biodiversité fonctionnelle, une meilleure gestion de l'eau, une meilleure gestion des pollutions inter- et intra-parcellaires, le retour des auxiliaires, des oiseaux, d'un écosystème le plus équilibré possible, tout en maintenant les productions agricoles.


L'agriculture biologique de conservation des sols : une vision d'avenir

Pierre Tourneur est co-impliqué avec sa collègue Lise Luczak dans l'association nationale dédiée à l'agriculture biologique de conservation des sols (ABC). Océalia y est la seule coopérative représentée, aux côtés de CIVAM, de GAB et d'agriculteurs engagés aux quatre coins de l'hexagone.


Sa conviction est claire : avec le dérèglement climatique, les challenges agronomiques s'intensifient, et il faut anticiper. Pas dire que ça n'est pas grave, que ça arrivera plus tard et qu'on a le temps. Parce que la gestion court-termiste via la phytotechnie seule, pour lui, c'est une utopie. C'est terminé.


L'agriculture biologique de conservation des sols, c'est apprendre à gagner en capacité de rétention hydrique, augmenter les taux de matières organiques, améliorer la verticalité des sols, rendre les exploitations plus résilientes face aux aléas climatiques. Ce n'est pas qu'une question de certification ou de label. C'est une façon de renouer avec ce que nos ancêtres avaient compris parce qu'ils étaient en phase avec leur terroir.

Chez les jeunes agriculteurs qui remettent des animaux dans leur système, qui replantent des surfaces en prairie, les problèmes qui agitent le monde conventionnel leur font sourire. La preuve que ça marche.


La culture de la Chia en France : une plante exigeante à forte valeur ajoutée

La culture de la Chia fait partie des défis que Pierre Tourneur a relevés avec une vraie passion. Avec Océalia, ils ont construit de toutes pièces l'itinéraire technique en bio. Une culture qui les a très vite passionnés. La Chia est une plante à floraison indéterminée, originaire d'Amérique du Sud, cultivée là-bas sur des terres profondes avec une alternance de périodes chaudes et très humides. En France, elle réclame une attention de tous les instants.


D'abord, l'eau. C'est une plante qui a besoin d'une ressource hydrique importante. Elle supporte mal un épisode de stress hydrique fort. L'objectif est de ne pas arriver au point de flétrissement, le moment où le système racinaire n'a plus d'humidité, pour ne pas stresser la plante. Océalia encourage aujourd'hui la production sur des parcelles irriguées, avec des apports espacés de 20 mm tous les dix jours environ, sur des terres relativement profondes.

Ensuite, le désherbage mécanique. Il faut décaler les semis sur juin pour éviter les chénopodes et les amarantes, ces adventices ont la même taille de graine que La Chia, ce qui rend le tri difficile. Océalia a été la première à passer l'herse dans La Chia, avec des herses à dents indépendantes, techniques et pointues, sur des stades très précis. Ça demande des agriculteurs pointus aussi.


Enfin, la récolte. Chaque année, il y a une pression liée au calendrier : il faut enlever la culture avant les conditions automnales et les pluviométries importantes qui arrivent souvent en octobre ou début novembre. Ça demande une attention particulière à l'état de la plante. On ne la laisse pas comme une parcelle de maïs irriguée en automatique. Il faut une connexion avec la plante plus régulière, un suivi plus attentif.


Mais le jeu en vaut la chandelle. La Chia fait partie des plus gros revenus à l'hectare, comparable à des cultures porte-graines très rémunératrices. Dans la vie, ça s'applique quasiment tous les jours : il n'y a pas de secret, quand on veut gagner plus, il faut travailler davantage. Sur les cultures à valeur ajoutée, c'est la même chose.


Une collaboration terrain entre Océalia et la Filière Chia de France

La relation entre Océalia et la Filière Chia de France repose sur quelque chose de concret : un contrat, des engagements réciproques, et un itinéraire technique co-construit dans la durée.


Du côté d'Océalia, l'engagement est clair : livrer une production de qualité, avec un niveau de pureté élevé, 98 à 99 % de graines de Chia, ce qui signifie moins d'1 % de graines à gérer à la livraison. Atteindre ce niveau de pureté suppose une maîtrise de tout le cycle : semis, irrigation, désherbage mécanique, récolte, tri. C'est ce travail rigoureux, conduit par Pierre Tourneur et ses collègues, qui permet de tenir cet engagement.


Pour accompagner les agriculteurs, Océalia élabore des sources techniques régulièrement actualisée en fonction des observations de terrain et des résultats expérimentaux. Et chaque saison, un tour de parcelle est organisé sur l'ensemble du territoire pour voir ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, partager les nouveautés, ajuster les pratiques. La rigueur et la régularité tout au long du cycle de la plante sont au cœur de l'accompagnement.


Océalia conduit ses travaux d'expérimentation en bio depuis 2012, avec la plus grande plateforme expérimentale en bio de Nouvelle-Aquitaine : 5 à 8 hectares dédiés chaque année, pour un budget d'expérimentation de l'ordre de 40 à 50 000 euros annuels. C'est ce socle expérimental qui permet de faire progresser les itinéraires techniques et de diffuser des pratiques éprouvées auprès des producteurs.


Transmettre pour faire progresser toute une filière

Si Pierre Tourneur a un rôle qui va au-delà de l'accompagnement individuel, c'est bien celui de passeur. Entre l'expérimentation et le terrain. Entre la recherche agronomique et les agriculteurs. Entre la vision de long terme et la réalité de la parcelle.


Il cite Frédéric Thomas, référence nationale sur les techniques culturales simplifiées, dont la revue était son magazine de chevet à l'époque de sa formation. Il a eu la chance de le faire venir dans ses groupes de progrès, et il continue à l'inviter auprès de ses agriculteurs. Un lien particulier, construit dans la durée.


Ce rôle de transmission, Pierre le vit aussi dans les petites choses : apprendre à un agriculteur de soixante ans à sentir sa terre. Expliquer pourquoi une herse à dents indépendantes change tout. Montrer qu'un outil sans rouleau, avec un peigne à la place, ne compacte pas les bords d'impact et réduit mécaniquement la pression des adventices. Autant de leviers qui, mis bout à bout, permettent de sortir du curatif pour entrer dans la gestion réelle des problématiques.


« Moi, je ne dis pas aux agriculteurs ce qu'ils ont à faire. Je leur donne tout ce que je peux pour les aider à assurer leur revenu à la fin du mois. Ils restent décisionnaires. Cette posture est fondamentale. L'agriculteur n'est pas un exécutant : il est chef d'exploitation, et c'est lui le patron. »


Conclusion : l'humain au cœur d'une filière exigeante

Derrière la culture de la Chia en France, il y a des femmes et des hommes comme Pierre Tourneur. Des gens de terrain, de conviction, de transmission. Des gens qui mettent les mains dans la terre, littéralement, pour que chaque décision technique soit juste, ancrée dans le réel, au service d'une filière bio exigeante, traçable et durable.


C'est ce que la Filière Chia de France cherche à valoriser dans cette série Voix de la Filière : non pas des communiqués, mais des portraits. Des engagements. Des parcours. Des visages et des histoires qui font que la production de Chia bio français existe, tient la route, et progresse chaque année.


FAQ, Questions fréquentes sur la culture de la Chia en France

Qu'est-ce que la culture de la Chia en France ? La Chia est une plante à graines originaire d'Amérique du Sud, cultivée en France sous certification biologique dans le cadre de la Filière Chia de France. Sa culture est techniquement exigeante : elle nécessite une irrigation maîtrisée, un désherbage mécanique précis et un suivi régulier du cycle végétatif pour garantir la qualité et la pureté des graines à la livraison.


Pourquoi la Chia est-elle une culture à forte valeur ajoutée ? La Chia fait partie des cultures les plus rémunératrices à l'hectare, comparables aux porte-graines. Sa valeur économique repose sur la qualité de la production, notamment un niveau de pureté très élevé (98 à 99 %), qui justifie un accompagnement technique rigoureux et un investissement en travail plus important que pour des céréales classiques.


Qu'est-ce que l'agriculture biologique de conservation des sols ? L'agriculture biologique de conservation des sols (ABC) est une approche systémique qui vise à préserver et améliorer la vie biologique des sols, augmenter les taux de matières organiques, améliorer la rétention en eau et renforcer la résilience des exploitations face au dérèglement climatique. Elle s'appuie sur des pratiques comme le désherbage mécanique, les rotations longues, la biodiversité fonctionnelle et la suppression ou la réduction du travail du sol.


Quel est le rôle d'un conseiller d'exploitation en agriculture biologique ?

Un conseiller d'exploitation en agriculture biologique accompagne les agriculteurs dans une approche globale de leur système : diagnostic technique et agronomique, bio-indication des plantes adventices, optimisation des rotations, conseil en irrigation, suivi des cultures à valeur ajoutée. Il joue un rôle de passeur entre l'expérimentation agronomique et la réalité du terrain, tout en laissant l'agriculteur décisionnaire.


Comment la Filière Chia de France garantit-elle la qualité de sa production ?

La Filière Chia de France s'appuie sur un réseau de producteurs engagés sous contrat, accompagnés par des conseillers techniques comme Pierre Tourneur chez Océalia. La qualité est assurée par un itinéraire technique co-construit et régulièrement mis à jour, un suivi rigoureux des parcelles tout au long du cycle végétatif, et des exigences de pureté élevées à la livraison (98 à 99 % de graines de Chia). La traçabilité et la régularité de la production sont des piliers fondamentaux de la filière.

 
 
 

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